Forum de Vivez Heureux

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#1 25-03-2007 14:25:01

Basique
Mini-satrape et encore modo
Lieu: Dans les... euh.. mes pommes !
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Messages: 7096

NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Merci de vous exprimer là-bas : http://forum.vivezheureux.com/viewtopic.php?id=1399 afin de ne pas gêner la lecture du texte en formation ici...

Co-rédacteurs actuels (En cas de jour libre dans la liste qui suit, merci de m'envoyer un MP si vous souhaitez participer. Idem en cas d'impossibilité provisoire. Je ne répondrai pas obligatoirement, mais modifierai ce message en conséquence.) :

NNO cuvée 2007-2008
Zou ! C'est repartou ! big_smile
Ta mission, si tu l'acceptes :
- D'abord, tout (re)lire !
- (Re)lire ensuite les règles, là-bas http://forum.vivezheureux.com/viewtopic.php?pid=35760 et t'inscrire au même endroit
- Essayer enfin de participer le plus régulièrement possible...

Lundi : ? Zangelyne
Mardi : ?
Mercredi : (ou n'importe quel autre jour) Basique
Jeudi : Calinous31
Vendredi : ?
Samedi : (ou n'importe quel autre jour) Akinae
Dimanche : ?


Zou................

Le Récap'

Chapitre I - Retrouvailles

    "Hmmm ? ". Louis se retourne, se soulève sur un coude, écarquille les yeux. Comment est-ce possible ? Tous les jours, depuis plus de dix ans - douze exactement -, il se réveille à 4 h 33. Et là, ce matin, il est 5 h 34. Serait-ce à cause de ce changement d’heure qui avait été décidé en temps de Guerre, afin de pouvoir réaliser d’importantes économies d’énergie et obtenir une heure d’ensoleillement supplémentaire en fin de journée ?
    Louis remonte l’oreiller sous sa nuque, s’assied confortablement et se met à repenser à cette idée. "Se peut-il que je sois guéri de je ne sais quoi ? Quoi qu'il en soit, il faut absolument que je lui parle." Comme si deux personnes se débattaient à l'intérieur de lui, Louis s'entend répliquer "Mais non ! Ton idée est ridicule ! "
    "A quoi bon lui en parler ? Cela ne sert à rien que l'on soit deux à se lamenter ! " pense-t-il tout haut en se dirigeant vers la salle de bains. Accoudé au lavabo, se tenant la tête entre les mains, Louis se met à pleurer tel un bambin anéanti par la bêtise qu'il vient de commettre. Il se redresse, empoigne un objet et, d'un geste de colère, brise le miroir en hurlant : "Mais pourquoi ? Pourquoi faut-il toujours que je complique tout ? "
    Surpris lui-même par la violence de son geste, et surtout par cette réaction démesurée, Louis s'assied sur le rebord de la baignoire ; le contact de la paroi glacée contre sa peau l'apaise, et il ne tarde pas à retrouver ses esprits. Jamais il ne se serait imaginé qu'un simple changement d'heure puisse le perturber à ce point, d'autant moins que, les années passées, il n'avait rien ressenti de tel ; mais faut-il pour autant ennuyer son ami avec ça ?
    Il s'accroupit pour ramasser les morceaux du miroir brisé. "Aïe ! " Une goutte de sang perle doucement sur son gros orteil où s'est fiché un minuscule éclat de verre. "Ça m'apprendra à me maîtriser" songe-t-il, honteux de son emportement.

    Son ami lui paraissait étrange depuis quelque temps, comme tourmenté, incapable de faire quoi que ce soit sans parler de l'Autre. Il y a dix jours de cela déjà, lors d'une discussion à la terrasse d'un café, le ton de la conversation, habituellement plutôt enjoué, s'était fait plus grave, presque solennel ; "Quelque chose va se produire ! Si ! Je le sens, et ce n'est pas bon du tout, il va se passer quelque chose de terrible ! Il me l'a dit ce matin ...". Louis lui avait lâché ça presque en hurlant, lui coupant la parole, avec un regard qui en disait long sur son taux d'alcoolémie, mais l'alcool était-il vraiment responsable de son emportement ?
    La rue Lavoisier pointe le bout de son sens interdit, l'appartement de Louis n'est plus très loin, quelques mètres encore et c'est l'interphone du 15. Il va enfin pouvoir lui parler de cette nouvelle étonnante entendue ce matin à la radio.

    Après avoir soigné son orteil blessé, Louis jette un coup d'oeil sur le miroir brisé. La stupeur le cloue sur place. Un oeil clair surmonté d'un demi sourcil le regarde, tandis qu'une bouche, tronquée aux trois quarts, lui adresse un rictus goguenard. Voilà ce qui reste de lui, plus de visage, rien que cet oeil froid, glacé. L'image même de ce qu'il ressent au plus profond de lui, depuis quelques jours : celle d'un être incomplet, amputé d'une partie de son âme.
    Un coup de sonnette alerte le fait sursauter. "Quoi ? Serait-ce déjà lui ?" murmure-t-il.
    Louis se ressaisit, noue la ceinture de son peignoir, se débarrasse des fragments du miroir. La douleur, oubliée un instant, se réveille lorsque son pied relâche la pédale de la poubelle en plastique et c'est en boîtillant qu'il se dirige vers la porte d'entrée. Il tire le petit verrou, cette protection parfaitement illusoire qu'il n'oublie jamais pourtant de refermer derrière lui, et, d'une voix manquant quelque peu d'assurance, interroge "C'est toi ? "
    Pas de réponse. Il répète la question, un peu plus fort : "Mais réponds-moi si tu es derrière cette porte ! " Toujours rien. Il approche donc son oreille de la porte en respirant le moins fort possible, afin de pouvoir entendre le moindre bruit de l’autre côté. Cela pendant cinq bonnes minutes.
    Au bout des cinq minutes, il décide d'ouvrir. Il se peut très bien qu’il ait imaginé ce coup à la porte. Malgré cette réflexion, il ouvre, doucement.
    "Ah ! T’as eu peur, hein ? Je croyais que tu n’ouvrirais plus.
    - Je vois que tu n'as pas changé : toujours aussi puéril... Tu veux que je te dise ? Tu aurais mérité que je te laisse  moisir sur le palier, tiens !
    - Moisir, moisir ? Tu en as de bonnes, toi ! J'aurais peut-être réagi avant... De toute façon, réfléchis un peu : quelle que soit la personne à laquelle tu demandes "C'est toi ? ", elle est obligée de te répondre "Oui".
    - ... Ah ! Bravo ! Décidément, tu n'as pas changé depuis nos dix ans ! Allez, entre."


Chapitre II - Dans l'appartement de Louis

    "... douze. Il te reste du café ?
    - Dans la cuisine. Il doit être encore tiède.
    - Ca me va ."
    Jim s'approche lentement de Cynthia, qui vient tout juste de lui avouer son amour alors qu'hier elle rompait avec Brandon, le meilleur ami de Jim, qui, lui-même, sortait d'une relation difficile avec la mère de Carol et, les yeux fous de désir, l'enlace et lui sussure à l'oreille ...
    "Tu t'es encore trompé de bouquin !!! "
(pardon)

    "Dis ? Tu as entendu les infos ce matin ? Une révolution est en marche, je crois bien ... "
Mais Louis n'entend pas. Son attention est tournée vers le bas de la rue, où il se passe encore quelque chose.
    "Louis ? Tu m'écoutes ? "
Il s'approche à son tour de la fenêtre. Un attroupement se forme au bas de l'immeuble, sur le trottoir d'en face.
    "Qu'est-ce qui se passe ? "
Louis ne répond pas. Il se contente de lui montrer la façade, de l'autre côté de la rue, sur laquelle des ouvriers sont en train de poser une immense enseigne lumineuse.
    Du café gicle un peu partout sur le carrelage de la cuisine, éclaboussant au passage les chaussures des deux hommes. Encore une fois, le sol se trouve parsemé d'éclats de verre... Un peu plus loin, le couvercle en plastique de la cafetière, échappée des mains d'Emile, finit de danser sur lui-même.
    Stupéfaits par le spectacle qui s'offre à eux, là en face, ni l'un ni l'autre ne réagit à ce fracas.
    "Bon sang, Louis ! Mais qu'est-ce qu'ils font ??? "
    Au même moment, le clapet de la boîte aux lettres se referme. Louis se retourne vers la porte, baisse les yeux et ramasse le journal quotidien.
    "Nous en saurons peut être un peu plus ? " dit-il.
    Il le pose sur la table et retourne dans la cuisine nettoyer le carrelage. Pendant ce temps, Emile s'installe à table. Curieux, il ouvre le journal.
    A la une du journal Le Coureur, apparaissent en grandes lettres autour de la page les titres du jour et au centre, la photo d’une église. La mention Apocalypse figure au-dessus de la photo. En lisant ce dernier mot, Emile sent une boule lui monter dans la gorge et une chaleur soudaine lui brûler les yeux.
    "Alors y a-t-il quelque chose ? lui demande Louis du seuil de la cuisine.
    - Prends le journal, répond-il en joignant le geste à la parole.
Louis lit à voix haute :
    - Apocalypse.
    - Et alors ? Pourquoi cela te met-il dans tous tes états ?
    - Tu sais quand même que le mot "apocalypse", pour les chrétiens, désigne le dernier livre du Nouveau Testament ?
    - Oui, et pour tous, il évoque la fin du monde mais ...
    - Cette église, là, en-dessous du titre, tu ne la reconnais pas ?
    - Ah non, je suis pas vraiment spécialiste... Toi si ?
    - Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier, ça te dit quelque chose ?
    - Oui, un peu... Ce n'est pas le point de ralliement de tous les extrémistes ?... Et ce serait...
    - Exactement ! C'est bien elle, en photo, là !
    - C'est plutôt mauvais signe alors... "


Chapitre III - Premières révélations

    Le café et son contenant ayant rejoint le sol de la cuisine, les deux hommes décident de sortir poursuivre leur petit déjeuner en ville. La rue Lavoisier fait place au boulevard Gambetta et, au détour d'une venelle, Louis et Emile arrivent dans une rue piétonne, devant un petit bar dont la façade demanderait un ravalement.Louis s'approche de la porte du bar et, tenant la poignée :
    "Entrons ici, il n'y a pas trop de monde ...
    - Ici ? Mais en es-tu bien sûr ? C'est un bar de riders ...
    - Nous y serons plus tranquilles qu'au café de l'Etoile : à cette heure-là, il est déja bondé ...
    - Mais ? Enfin ... bon ... non, rien ..."
    Ils entrent. Sourire du patron, les deux mains posées à plat sur le comptoir en simili bois exotique :
"Bienvenue au "Gay tapant" mes amis, je vous sers quelque chose ? "
    Les deux amis s'installent au comptoir, sur des tabourets. Le patron dépose devant eux deux cafés bien tassés et un sucrier.
    Louis ne parvient pas à se décontracter. Son reflet dans le miroir brisé, la lecture du journal, cette annonce de l'Apocalypse, tout cela le trouble trop. Il aimerait expliquer ce qu'il ressent à son ami... Les mots s'embrouillent dans son esprit, se diluent dans une sorte de brume opaque. Il reste silencieux, touillant son café dans lequel il a oublié d'ajouter le sucre.
    "Dis, tu m'écoutes ? "
    Louis revient soudainement à la réalité, celle où Emile se tortille nerveusement sur son tabouret en lui faisant part de ses interrogations depuis... 5, 10 minutes ? Il serait bien incapable de dire combien de temps il s'est perdu dans ses pensées, le regard dans le vide.
"Excuse moi s'il te plaît. Cette journée ne me dit rien qui vaille, tout ça est vraiment bizarre..."
Il porte prudemment la tasse à ses lèvres, comme s'il s'attendait à trouver le café encore brûlant ; réalisant qu'il n'est même pas sucré, il le repose avant de reprendre en secouant la tête :
"J'ai le sentiment qu'il va se produire quelque chose."
    Il demande au patron du bar de lui servir un autre café et le questionne : "Et vous, que pensez-vous de la une des journaux ? Vous avez peut-être la réponse avec le monde que vous rencontrez à longueur de journée ? "
Le barman le regarde, lui sourit en coin et lui répond :
    "Vous savez, Monsieur, le quotidien, on me le dépose pour mes clients ; moi, je l’ouvre, j’en prends mais j’en laisse beaucoup. Ce qui doit arriver arrivera bien un jour, et personne ne nous mettra au courant. Alors pourquoi tant de culpabilisation pour une page mise à l’avant ?
    - Juste comme ça, c'est que...
    - Puis-je avoir un bonbon ? le coupe Émile qui ne veut pas qu'on parle d'événements métaphysiques avec des personnes étrangères.
Lorsque le barman s'éloigne, Émile reprend, à voix basse :
    - Tu n'es vraiment pas dans ton assiette. Qu'est-ce qui se passe ?
    - C'est cette image, en face de chez moi, et ce journal, et cette nuit...
    - Qu'est-ce qui s'est passé ?
    - Tu veux vraiment savoir, hein ?
    - A ton avis ? "
    Un ange passe... Lorsqu'il n'est plus qu'une ombre, peut-être seulement l'ombre de son sourire, Louis reprend :
    "Ok. Tu te souviens de l'époque où j'habitais rue René-Guy Cadou ?
    - Attends... Ah oui, c'est l'appart' d'où ta copine de l'époque t'avait fait virer ?
    - Oui.
    - Tu parles si je m'en souviens ! C'est après cet épisode qu'on s'est perdu de vue... pendant au moins 5 ans !
    - Précisément, oui. Et tout a commencé à ce moment...
    - Ah bon ? Raconte !  "
    Louis approche sa chaise et jette un regard affolé par dessus son épaule. Un tic nerveux lui déforme le visage. Un filet de voix filtre à peine lorsqu'il se décide enfin à parler :
    "L'appartement du 107 rue René-Guy Cadou était un triplex, tu t'en souviens... Eh bien, les soirs d'été, il m'arrivait d'emprunter l'échelle de service et de monter sur le toit afin de profiter du spectacle de la ville assoupie...
    - Et alors ? le coupe Emile, impatient.
    - Eh bien, de là-haut, on aperçoit l'église Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier, celle-là même qui est à la une du Coureur et déjà...
    - Et déjà quoi ? l'encourage Emile.
    - Il se passait déjà quelque chose dans cette église, bien avant que la presse ne parle de ces rassemblements extrémistes, bien avant l'enlèvement et le meurtre de la petite Charlotte, il se passait vraiment des choses étranges ... ces limousines blanches interminablement longues qui allaient et venaient devant l'escalier principal et qui déposaient des personnages vraiment inquiétants.
    - Comment pouvais-tu voir qu'ils étaient à ce point inquiétants ? Quand même tu ne ...
    - Si ! Tu sais, ce manège a duré plusieurs jours et tout cela m'a vraiment intrigué, j'ai donc décidé d'en savoir un peu plus et de les observer au téléscope, celui-là même qui m'avait été offert pour mes 25 ans ... mais à un moment, je ne sais pas si c'est un reflet du soleil rasant sur la lentille qui m'a trahi, mais un des hommes, qui me faisait penser à un garde du corps, s'est retourné et c'est à cet instant que j'ai pu remarquer sur son front ...
    Louis marque une pause, comme s'il avait subitement perdu ses mots, le souffle un peu court, il pose le bras sur le comptoir, relève la manche de son veston et s'adressant à Emile :
    - Regarde ... Tu vois cette cicatrice que je croyais très ancienne ? Regarde sa forme ...
    - On dirait une ellipse entourée d'étoiles
    - Ha ! C'est assez net, hein ? Eh bien j'ai vu la même sur le front de cet homme au moment où il s'est tourné. Je l'ai vue très nettement et depuis... j'ai peur
    - Mais peur de quoi ? Même s'il a vu un reflet, il n'a pas pu te voir, toi !
    - Non, j'ai peur de cette marque. Je ne me sens plus moi-même, comme si je ne m'appartenais plus vraiment.
    - Ah ! Sois réaliste un peu. Quelle corrélation veux-tu qu'il y ait entre une marque entrevue à travers un téléscope et une vieille cicatrice sur ton bras ?
    - Je ne sais pas dit Louis, déçu par l'incompréhension de son ami. Cependant il poursuit son récit, d'un ton toujours aussi lugubre. Quelques jours après, la police menait une enquête sur le meurtre d'un dénommé Philippe Letrange. Ils ont montré sa photo à la télé et devine quoi !
    - C'était ton homme à la cicatrice, répond Emile tout à coup intrigué par l'histoire de Louis.
    - Oui. Assassiné sauvagement devant l'autel à l'intérieur même de l'église. Ce qui est étrange, c'est qu'il avait, au niveau du cou une morsure de serpent, une piqûre d'abeille - il y avait toujours le dard - et aussi une profonde entaille sur le front.
    - Là où se trouvait la cicatrice ?
    - Comme si on avait cherché à la lui enlever, comme s'il n'avait plus le droit de la porter, oui. Louis, songeur, marque une nouvelle pause.
    - Déjà un serpent, dans une église... Mais là, en plus, avec une abeille... sans oublier le maniaque arracheur de cicatrices... Tu avoueras, quand même...
    - Moque-toi de moi ! Mais tu peux vérifier dans la presse de l'époque, tu sais, si tu ne me crois pas. Tu y apprendras que la police scientifique avait déterminé, grâce aux traces de venin dans le sang de la victime, que le serpent était un Pseudonaja textilis, originaire d'Australie. Et il n'y avait pas la moindre trace de reptation sur le sol de l'église !
    - Bon. D'accord. Mais l'abeille ?
    - Ah, je t'attendais là : le dard, oui, mais pas d'abeille !
    - Pardon ?
    - Ce dard ne provenait pas d'une abeille ! C'était un dard artificiel !
    - Non ?
    - Si.
    - Mais tu as suivi l'affaire de près, dis-moi ?
    - Evidemment ! Je me sens très concerné à cause de cette maudite cicatrice ellipsoïdale sur mon bras ! Je ne voudrais pas être le prochain quatre heures d'un Pseudonaja textilis ou d'une fausse abeille ! ironise Louis . J'ai conservé soigneusement toutes les coupures de presse relatives à cette enquête et tout porte à croire que cette cicatrice, la mienne comme celle de feu monsieur Letrange, est un signe de reconnaissance d'une secte très ancienne remontant à l'époque sumérienne ...
    Emile, ahuri, d'un geste témoignant de son ignorance, invite son ami à poursuivre son récit.
    - Les Sumériens utilisaient des pictogrammes, une écriture faite de dessins schématisés qui évoluera plus tard en écriture cunéiforme ... et il semblerait que cette cicatrice soit précisement un pictogramme sumérien, soupire Louis.
    - Et que signifie ce pictogramme ? Crois-tu vraiment que l'assassinat de Philippe Letrange puisse avoir un rapport avec son appartenance à une secte sumérienne ? lance Emile impatient d'avoir des réponses à ses interrogations.
    Louis reste silencieux un moment, le regard perdu loin devant lui.
    - Justement, cette cicatrice, elle ressemble à un pictogramme qui évoque une explosion. Alors lorsque tu m'as montré le journal et que tu m'as parlé de l'Apocalypse, j'ai eu l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds, tu comprends ?
    - Tu as peut-être mal interprété ? Et pourquoi t'intéresses-tu autant à ce qui se passe en face de chez toi ?
    - Mais enfin, tu n'as pas vu l'enseigne ?
    - Euh ... non
    - Ils sont en train d'installer un lieu d'études et de recherche sur les cultures anciennes, là, juste en face de chez moi ! J'ai peur...
    - Oui bien sûr, un lieu d’études et de recherches va ouvrir ses portes. Et alors ? Que ce soit ici ou là, je ne vois pas trop où est le problème, dit Emile d’un air surpris.
    - Mais enfin, des chercheurs vont «se bouger le cerveau» pour essayer de nous rassurer, ironise Louis.
    - Veux-tu être un peu plus sérieux ? Ha là là, tu ne changeras donc jamais toi non plus.
    - Bien sûr, c'est certainement une coïncidence s'ils se sont installés précisément en face de chez moi, je ne suis pas encore parano, hein ! N'empêche que leur logo est... est... est...."
    Emile reste un instant interloqué, puis s'écrie :
    " Nom d'un petit bonhomme en bois ! C'est un oeil stylisé et c'est vrai qu'il ressemble diablement à ta cicatrice, là !
    - Il y a autre chose...
    - Quoi ? Raconte !
    - Cette cicatrice, je l'avais totalement oubliée. Mais depuis ce matin, par moments, elle me démange salement.
    - Comment ça ? lance Emile, goguenard.
    - Ben oui, regarde... Louis remonte vivement la manche de sa veste et exhibe sa cicatrice. Tu vois, c'est devenu enflammé et prurigineux. Le pictogramme apparaît beaucoup plus nettement, comme s'il prenait du relief, de la consistance... comme s'il devenait vivant et voulait me signifier quelque chose. Et ce, depuis la pose de cette maudite enseigne du centre de recherche. Je deviens dingue ! Mais ce n'est pas tout, ajoute-t-il, en proie à une agitation subite, il faut que je te montre quelque chose d'invraisemblable. Allons à l'église Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier... "

    Alors qu'ils prennent le chemin de l'église, une voix retentit :
    " François, hey !!! Françoiiiiis !!! Hohooo !
    Emile et Louis se retournent, intrigués.
    - Qui c'est, ce gus ? lance Louis.
    - Et qui est François ?
    - Pfff ... Aucune idée. Encore un qui déraille, sûrement.
    L'homme s'approche, il a un visage plutôt banal, porte un costume noir et des chaussures de cuir vernies et il tient un objet dans sa main droite, probablement enveloppé dans un papier journal. Arrivé à la hauteur d'Emile et Louis, légèrement essouflé par sa brève course, il s'adresse à ce dernier :
    - Ben alors, François, tu ne reconnais plus tes potes de promo ? On était dans la même section d'histoire des civilisations... Tu te souviens ?
    Emile regarde Louis. Celui-ci pâlit. Ses lèvres, devenues tout à coup blanches, frémissent tandis qu'il tente de balbutier quelque chose. Après un instant de flottement, Louis parvient à bredouiller :
    - Je pense que vous faites erreur, Monsieur, je m'appelle Louis, pas François, et je n'ai jamais suivi de cours de civilisations.
    - Mais enfin, je suis certain de ne pas me tromper !
    - Puisque je vous dis que je ne vous connais pas, Monsieur, n'insistez pas ! Louis hurle presque. Quelques passants se retournent, interloqués.
    Emile prend son ami par le bras, esquisse un demi-sourire en direction de l'intrus.
    - Viens, Louis, ce n'est pas grave, nous avons un rendez-vous important, il faut y aller...
    - Attends ! C'est moi, voyons, Raoul ! Tu me reconnais forcément !
    Si la voix de l'homme demeure inconnue de Louis, il y a quelque chose pourtant, une légère inflexion, sa façon aussi d'articuler le dernier mot en en détachant à peine trop nettement les syllabes, quelque chose qui lui met la puce à l'oreille. Il le dévisage plus attentivement. Non, décidément, il ne le connaît pas. Mais pendant une fraction de seconde, il a lu dans son regard une panique insensée, absolue.
    Maintenant que l'homme a réussi à capter son attention, il continue, plus bas et très vite :
    - Je suis le frère de Philippe Letrange. Vous êtes en danger. Prenez ce paquet, il vous aidera.
    Après que Louis se soit emparé de l'objet tendu, toujours enveloppé, il reprend, à voix haute :
    - Une telle ressemblance ! C'est incroyable quand même ! Excusez-moi ! et s'éloigne à grands pas.
    Sur le trottoir, Emile et Louis restent silencieux et suivent du regard Raoul Letrange qui s'engouffre dans une berline noire stationnée un peu plus loin.
    - Tout cela est bien étrange, commente Louis, pourquoi diantre t'a t-il confondu avec ce François ?
    Louis, en proie à une vive émotion, ne répond pas à son ami et regarde d'un air ahuri le paquet qu'il tient dans ses mains. Puis, sous l'oeil curieux d'Emile, il commence soigneusement à déchirer les couches successives de papier kraft. Un magnifique vase ancien en terre cuite apparaît, orné de décorations peintes.
    - Ca alors, regarde là ! indique Louis, empreint d'une gravité soudaine et montrant du doigt un dessin. Il s'agit du prince du Lagash, Gudea ! Et sur l'anse, des pictogrammes sumériens !
    Emile regarde son ami avec incrédulité puis se penche pour mieux observer et, décontenancé, annonce d' une voix sans timbre :
    - Ce n'est pas tout, regarde à l'intérieur, quelqu'un a gravé récemment un message, certainement à l'aide d'un stylet !
    - Oui, exact, mais peu visible malheureusement, dit Louis, pas très rassuré.
    Les deux hommes se regardent d’un air inquiet.
    - Bon que fait-on maintenant avec cet objet ? Il faudrait essayer de déchiffrer ce message, peut être arriverions-nous à savoir à qui il était vraiment destiné, dit Louis.
    - Oui, tu as raison, allons voir un antiquaire qui, lui, saura sûrement nous donner plus de renseignements ; ensuite, nous filerons à l'église Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier." décide Emile.
    Les voilà partis dans une petite ruelle appelée « ruelle de la conscience ».


Chapitre IV - Une nouvelle résidence ?

    Arrivé devant la boutique de l’antiquaire, Emile pousse la porte et fait sonner la cloche installée juste au-dessus. Louis le suit et ils entrent sans un mot dans ce lieu rempli de trésors. Un vieil homme qui se déplace très difficilement s’approche d’eux :
    "Bonjour jeunes gens, que puis-je faire pour vous ? demande le vieil homme. On m'appelle Monsieur Gudealeze.
    - Monsieur... Gudealeze... Pardonnez ma curiosité, mais est-ce là votre véritable nom ? l'interroge Louis.
    - Ha ha ha ha ha ha ha ! s'esclaffe le vieil homme. Ha ha ha ha ha ! Non.
    - Mais là n'est pas la question... persifle Monsieur Gudealeze. Que désirez-vous, jeunes gens ?
    - Nous voudrions avoir de plus amples renseignements sur cet objet que l'on m'a remis il y a peu. Pouvez-vous nous aider ? interroge Louis en déposant le vase en terre cuite sur le guéridon le plus proche.
    - Vous n'avez pas été bien longs... ricane Mr Gudealeze qui ajoute, en se retournant vers l'arrière-boutique, Raoul, tes loustics sont là. "
    D'un geste impérial, Raoul Letrange fait glisser la tenture de velours prune qui le dissimulait. Louis et Emile se regardent d'un air étonné tandis que Raoul s'avance vers eux :
    " Ah, vous voilà donc, dit-il d'une voix grave.
    Louis reprend le vase entre ses mains, surpris de revoir cet homme si tôt. En sueur à cause de la tension nerveuse, il lui demande :
    -  Monsieur, qui cherchez-vous exactement ? Parce que ...
    Il n’a pas le temps d'en dire plus.
    - Comment ca, qui je cherche ? hurle Raoul. Je les ai devant les yeux, les hommes que je cherche !
    - Mais non, pas nous ! On ne s’est jamais rencontré ni même croisé ! Je suis sûr de ça. Un visage comme le vôtre, je ne l'aurais pas oublié, continue Emile pendant que Louis balaie le magasin du regard.
    - Vous, non, je ne vous connais pas. Je n'ai pas la moindre idée de qui vous êtes. Je sais seulement que vous vous appelez Emile Victor, que votre deuxième prénom est Paul sans doute parce que vos parents croyaient avoir de l'humour, que vous êtes né le 10 février 1971 à 11 h  27, que vous habitez au troisième étage gauche d'un petit immeuble au n° 104 de la rue Bossuet, que vous êtes responsable de la sécurité du secteur 7G de la centrale nucléaire qui appartient à la multinationale d'origine suédoise Skarp & Upma Ning dont les bureaux sont à Sundborg, que vous gagnez un salaire minable qui vous suffit tout juste à payer la pension alimentaire de votre ex-femme, que vous fréquentez une certaine Laura avec le secret espoir qu'elle vous épouse, que vous déjeunez souvent au restaurant Chez Loulou parce qu'il n'est pas trop loin de votre travail et que vous êtes nul en cuisine, mais c'est bien tout. Et, figurez-vous, vous ne m'intéressez pas le moins du monde.
    Il a dit tout cela d'une traite, pratiquement sans respirer, mais c'est Emile qui semble suffoquer :
    - Vous... vous...
    - Que voulez-vous, après ce qui est arrivé à mon frère, vous comprenez bien que je me méfie un peu de tout le monde, lui explique Raoul en esquissant un sourire. Je dois me protéger, pour lui.
    - Mais ça s'appelle une violation de la vie privée ! explose Emile. Vous travaillez aux Renseignements Généraux ou quoi ?
    - Ah ah ah, vous avez de l'imagination, cher Monsieur. Laissez-moi vous dire... commence Raoul Letrange, se délectant visiblement de l'indignation de son interlocuteur.
    - Excusez-moi, l'interrompt Louis d'un air mi-figue mi-raisin mais, sans vouloir être désagréable, comment se fait-il qu'une personne aussi bien renseignée que vous se méprenne à ce point sur mon identité ? Je ne m'appelle pas François et je n'ai pas suivi de cursus d'histoire des civilisations avec vous, Monsieur Letrange ! Et ce vase, il est fort joli, mais...
    A ce moment précis, la voix de Louis s'étrangle. Son regard vient de se poser sur le cou de Raoul Letrange où une cicatrice similaire à la sienne est très distinctement visible, bien que partiellement cachée par le col de chemise. Raoul et Emile observent Louis qui s'est interrompu au milieu de sa phrase. Ce dernier est devenu très pâle. Emile fait un geste vers son ami pour le soutenir, mais Raoul est le plus prompt. Il empoigne le garçon par le bras, l'entraîne dans l'arrière boutique et l'installe sur un siège.
    - Louis, Louis, qu'est-ce qui t'arrive ? crie presque Emile, angoissé.
    - Laissez-le tranquille ! lui jette Raoul tout en tendant à Louis un verre d'eau fraîche.
    - Mais enfin, allez-vous nous expliquer ce que tout cela signifie ? s'indigne Emile.
    - Patience, jeune homme, laissons votre ami reprendre ses esprits, puis nous aurons une petite conversation ensemble."
    Louis récupère petit à petit. Il ne peut détacher les yeux de cette cicatrice sur le cou de Raoul. D'où vient-elle ? Pourquoi est-ce la même que la sienne ? Quel est ce mystère ? Quelle signification donner à tout cela ? Il ne peut s'empêcher de retourner ces questions dans tous les sens.
    Après un long moment, interminable aux yeux d'Émile, il quitte des yeux cette "blessure venue d'ailleurs" et se tourne vers son ami..
    " Mais que s'est il passé ? Je me sens très mal, comme vidé.
    - Ben tu t'es évanoui, lui répond Émile, encore tout hébété.
    Raoul s'avance vers eux avec un large sourire et leur dit :
    - Bien, commençons cette conversation... par le plus agr... disons... le moins désagréable : vous vous doutez bien que, si je détiens autant d'informations sur vous, Emile - vous permettez que je vous appelle Emile ? -, ce que j'ignore de vous, Louis, tiendrait sur le quart de la moitié d'un timbre-poste ! Et le seul François que j'ai rencontré dans ma vie, c'était un musicien qui ne devait même pas savoir que les Sumériens avaient existé environ 6 000 ans avant lui... Mais c'était un fichtrement bon guitariste, sans doute le meill...
    - Mais alors, à quel jeu jouez-vous avec nous, monsieur Raoul ? l'interrompt Emile.
    - Ah, non, pas "monsieur", je vous en prie, nous sommes dans la même galère, tous les trois. Mais vous avez raison, je m'égarais. Pardon pour la petite scène que je vous ai jouée tout à l'heure : j'avais été repéré et je crois bien que j'aurais été abattu sans sommations. Je n'ai pas réfléchi, il fallait que je crée un événement : vous savez, il est très difficile de supprimer une personne quand vingt ou trente paires d'yeux sont braquées sur elle !
    - Mais alors, vous nous avez mis en danger en nous interpellant de la sorte, cher Raoul !
    - Bah, en effet oui, c'était un risque à prendre... Mais sans vouloir vous saper totalement le moral, je crois que "l'Organisation" vous avait déjà dans le collimateur, cher Emile, et surtout vous, Louis. Et puis, il fallait absolument préserver le vase au Gudea : lui seul peut nous sauver et il est primordial que les allumés de la gâchette de "l'Organisation" ne mettent pas la main dessus. C'est une question de vie ou de mort ! "
    Un silence pesant s'installe, que le ricanement sénile et saccadé de Monsieur Gudealeze finit par rompre.
    Emile reprend alors :
    " Si vous êtes persuadé que l'organisation nous a repérés, pourquoi nous avoir fait venir alors ? Ils doivent déjà savoir que nous sommes là et il va leur être facile de nous piéger.
    Raoul regarde Louis qui a enfin repris tous ses esprits.
    - Vous sentez-vous mieux, jeune homme ?
    - Oui, oui, merci. Je suis tout à fait bien maintenant.
    - Alors venez, nous n'avons que trop tardé. Suivez-moi.
    Raoul se dirige vers une immense bibliothèque qui occupe tout le mur, au fond de l'arrière-boutique. Il pose la main au-dessus de quelques livres et le meuble se met à bouger, dégageant une ouverture.
    Les deux jeunes gens s'engagent à sa suite dans un passage qui donne accès à un vieil escalier de pierres. Raoul allume une lampe torche assez puissante et le mur se referme sur eux.
    Les voilà maintenant dans un couloir sombre, tapissé de toiles d'araignées et de poussière.
    Louis et Emile suivent Raoul, inquiets, mais visiblement intrigués de vivre une histoire digne d'Indiana Jones.
    Ils marchent longtemps encore dans ce long couloir et finissent par arriver dans une grande pièce. A leur droite plusieurs splendides canapés en cuir, à leur gauche une grande télé et devant eux une gigantesque cuisine remplie de gadgets dernier cri.
    - Mais c'est un appartement ! s'exclame Louis.
    - Une merveille, réplique Emile.
    - Suivez moi, dit Raoul, je vais vous faire visiter.
    Louis et Emile, les yeux écarquillés, découvrent quatre chambres, deux salles de bains toutes de marbre revêtues, quand Raoul leur dit :
    - Bien maintenant vous connaissez votre futur lieu de vie ! Vous avez tous deux une armoire dans votre chambre pour vous vêtir et suffisamment de place pour vous sentir à l'aise. La télé pour vous informer et des réserves de nourriture suffisantes pour tenir trois ans. Bienvenue chez vous !
    - Attendez, attendez, proteste Emile. J'admets volontiers que le cadre est superbe... mais vivre dans un cadre, donc une prison, même de grand luxe, ne me tente pas vraiment. Pardonnez-moi, mais qu'est-ce qui me prouve que le danger est suffisamment grand là, dehors, pour que vous nous séquestriez ainsi ?
    - Mais... rien, Emile, rien du tout, lâche Raoul, le visage totalement inexpressif.
    - Je crois que je vais rester, moi, annonce calmement Louis après de longues secondes de silence pendant lesquelles il semblait peser le pour et le contre. A... à condition d'avoir accès à d'autres sources d'information que la télévision, bien sûr.
    - Oui, évidemment, nous lisons quand même la presse quotidienne, française et étrangère. Nous avons Internet aussi...
    - Attention, Louis, tu es en train de te laisser manipuler ! Au nom de notre amitié, s'il te plait, ouvre les yeux ! Fuyons !
    - Ouvrir les yeux, tu en as de bonnes ! Figure-toi que je ne fais que cela. Au cas où ça t'aurait échappé, Emile, tous les porteurs de cette cicatrice sont voués à être lâchement supprimés par diverses méthodes amusantes, allant du franc coup de flingue entre les deux yeux à des méthodes plus subtiles mais néanmoins efficaces, comme l'utilisation de serpents par exemple... et je suis sûr d'une chose, c'est que notre tour viendra ! Et puis, si Raoul nous propose si gentiment l'hospitalité, ce serait mal élevé de refuser, non ?
    - Ne vous emportez pas, Emile, ajoute Raoul. Il se peut que tout cela soit un tantinet... confus pour vous, mais vous vous y ferez et puisque Louis est d'accord, c'est dit, je vous garde, n'en parlons plus!
    Emile, incrédule, regarde alternativement Raoul et Louis.
    - Merci, mais non merci, je ne fais pas partie de la fête ! Désolé, bye-bye, ciao a tutti, salute... je mets les voiles et tu viens avec moi, Louis !

    Emile empoigne fermement son ami par le bras, bouscule Raoul et Monsieur Gudealeze et fait quelques pas en direction du passage. Raoul, très calme, dit alors :
    - Vous voulez vraiment envoyer votre ami au cimetière ?
    Emile s'arrête d'un coup. Son étreinte se desserre autour du bras de Louis. Il se retourne, observe Raoul, lequel soutient son regard. La détermination d'Emile vacille alors.
    - Comment pouvez-vous affirmer aussi sûrement qu'il va se faire tuer ?
    - Voyons, réfléchissez un peu. Il vous l'a dit lui-même, tous ceux qui portent cette cicatrice sont voués à mourir. L'Organisation ne peut pas se permettre de nous laisser en vie.
    - Mais enfin pourquoi ? Pourquoi ? Louis lui-même ne sait rien. Quel danger peut-il représenter pour eux ?
    - Louis sait, mais il ne se souvient pas. Il suffirait de quelques séances d'hypnose pour qu'il retrouve toute sa mémoire. D'ailleurs, regardez-le, il a conscience de l'enjeu même s'il ignore jusqu'à quel point il est concerné. Voyez comme il a peur !
    - Mais bon sang ! Peur de quoi ? Quel enjeu ? Je ne comprends rien à vos histoires ! Qu'ai-je à voir là-dedans ?
    Soudain, Louis ressent une douleur dans la zone de sa cicatrice et en fait part aux autres. Emile, encore énervé par la discussion, se calme peu à peu et soutient son ami.
    Tous deux font marche arrière, accompagnés de Raoul et Monsieur Gudealeze. Tandis que Raoul apporte un verre d'eau pour aider Louis à se remettre, Emile s'excuse d'avoir bousculé tout le monde et demande :
    - Mais notre liberté, vous n'y pensez pas ! Moi, je n'ai pas de cicatrice. Pourquoi serais-je en danger aussi ? Nous n'allons pas rester notre vie entière ici, il va bien falloir qu'on sorte et qu'on sache ce que nous veut cette organisation !
    - Vous avez raison, vous n'êtes sans doute pas en danger, vous, Emile. Nous avions envisagé plusieurs scénarios et, dans la plupart d'entre eux, nous vous laissions sur le bord.
    - Et pourquoi suis-je ici alors, tout au fond, avec vous ?
    - Oh mais c'est très simple : vous ne devez remercier que le hasard ! Vous étiez en compagnie de Louis au moment où nous avions prévu la rencontre, c'est tout. Et, soit dit en passant, c'est vous qui l'avez décidé à venir ici.
    - Mais c'est ma foi vrai !...
    - Pour satisfaire pleinement votre curiosité, j'ajouterai que les seules personnes à connaître, au moins en partie, les desseins de l'organisation sont ses adeptes... et nous !
    Raoul se retourne et hoche la tête. A ce signal, Monsieur Gudealeze disparaît à petits pas pressés dans le passage et réapparaît quelques instants plus tard, serrant entre ses mains noueuses le vase au Gudea qu'il pose délicatement sur une table en marbre rose. Raoul désigne le vase et dit avec emphase :
    - Messieurs, voici une des clés de l'énigme !


Chapitre V - De nouvelles révélations

    - Vraiment ? siffle Emile en contemplant l'objet. Il a pourtant l'air bien insignifiant, ce vase.
    - Ah ! fait Raoul, ne croyez pas cela. C'est un vase très ancien et très rare. On y voit le visage de la Dame Blanche, regardez, là. Ce vase servait lors des sacrifices.
    - Impossible, dit Emile avec véhémence. Un tel objet n'aurait pas pu traverser le temps ! Vous parlez d'une époque si lointaine, presque trois mille avant notre ère.
    - C'est en cela qu'il est une partie du mystère dans lequel vous êtes désormais impliqué. Ce vase a traversé les âges, je peux vous l'affirmer, les grands prêtres de la religion sumérienne se le sont transmis de génération en génération.
    - Mais cette civilisation a disparu depuis fort longtemps, dit brusquement Louis.
    - Oui, mais il reste quelques dépositaires dont vous êtes, jeune homme, déclare Raoul en se prosternant devant lui.
    - N'en fais pas trop tout de même, s'interpose Monsieur Gudealeze. Il n'est pas un dieu, il n'est que le Gudea, l'appelé.
    - Appelé ? Appelé par qui ? Qu'est-ce que c'est que ces sornettes ? se moque Emile.
    - Par la triade cosmique de la religion sumérienne, excusez du peu ! lui répond Raoul sur le même ton. An, le maître du ciel, Enlil, le maître de la terre et Enki, le maître des eaux douces.
Emile reste sans voix. Raoul se tourne à nouveau vers le vieux monsieur et, profitant du silence, précise :
    - Ce n'est qu'un humain, je le sais. Je n'oublie pas le respect que je vous dois mais c'est lui que nos dieux ont choisi pour raviver la flamme de notre civilisation, pas vous.
    - Et cette organisation, qu'est-ce au juste ?
    - Votre ami, Louis, ne vous a jamais parlé de la civilisation sumérienne ?
    - Si, bien sûr, mais je ne vois pas le rapport...
    - Eh bien, vous devez savoir que la civilisation sumérienne a été détruite par celle des Sémites Akkadiens.
    - Euh..., fait Emile, dubitatif
    - Or, malgré les persécutions dont nous avons été victimes, nous avons réussi à sauvegarder notre culture et à perdurer. L'Organisation représente les descendants de nos envahisseurs qui se sont jurés de nous détruire jusqu'au dernier, et notre culture avec.
    - Et Louis, selon vous, serait un Appelé. Pour perpétuer vos traditions ?
    - C'est la raison pour laquelle il est pourchassé, oui.
    - Tu entends ça, Louis ? questionne Emile en se tournant vers son ami. Il reste saisi. Ce dernier est comme transfiguré, debout, les mains autour du vase, il marmonne des mots incompréhensibles, les yeux perdus dans la contemplation de l'infini.
    - Mais qu'est ce qu'il fait, là ? Il n'est pas bien ! Mais qu'est ce que ça peut bien vouloir dire, tout ce charabia ? demande Emile. Louis, tu es avec nous ?
    - Louis ! Louis ! appelle Raoul.
    Quelqu'un jette alors un plein verre d'eau sur Louis... Sidéré, Raoul s'exclame :
    - Mais ce n'est pas possible, même ce verre d'eau ne le "réveille" pas !
    Monsieur Gudealeze se jette alors sur une sorte de grosse encyclopédie, s'empare d'un stylo et d'une feuille de papier et se met à noter les sons que leur ami prononce.
    Cette psalmodie se poursuit quelques minutes encore. Après quoi Louis, comme ahuri, jette des regards désorientés autour de lui, puis questionne :
    - Mais qu'est-ce qui m'est arrivé ?
    - Ecoute, on est amis depuis longtemps tous les deux. Tu sais bien que je ne te mentirais pas ?
    - Oui, bien sûr. Allez, vas-y, parle ! Qu'est-ce qu'il y a, bon sang ? Et pourquoi faites-vous tous des têtes de six pieds de long ? Vas-tu me le dire, enfin ?
    - Eh bien, euh... tu t'es mis à parler en marsupilami, voilà ce qu'il y a !
    Emile est alors secoué d'un énorme éclat de rire, que Monsieur Gudealeze interrompt avec rudesse :
    - Ecoutez, Emile, je comprends que vous ayez besoin de faire de l'humour après une émotion pareille et je ne vous en veux pas. Mais à l'avenir, si vous pouviez éviter de tourner notre civilisation en ridicule...
    - Oui, pardon, s'excuse Emile, ce n'était pas du tout mon intention. C'est vrai que tu m'as fait très peur, Louis : tu tenais ce vase, tu semblais comme halluciné et tu débitais des mots sans aucun sens... Oh, je suis désolé : je voulais dire "sans aucun sens en français", bien sûr. Mais à plusieurs reprises, j'ai vraiment cru entendre "Houba"..
    - C'était "uga", le corbeau dans notre langue, explique Monsieur Gudealeze.
    - Le corbeau ? demandent quasiment d'une même voix les trois autres.
    - Que vient faire un corbeau dans cette histoire ? continue Louis, plus impatient sans doute.
    - Cela, une analyse plus fine nous l'apprendra. Pour l'instant, je peux seulement vous dire que j'ai également relevé "taka", négliger, "kalam", la nation, "zalag", la lumière et d'autres mots aussi.
    - J'ai clairement reconnu des bribes de phrases et je les ai notées, poursuit M. Gudealeze.
    - Par exemple ? demande Louis, intrigué.
    - Eh bien "gub lil bal" que je traduirais par "purifiez l'esprit de nos ennemis", et puis ceci encore "sa zu u an" qui pourrait signifier "j'en appelle à ta sagesse, puissant Dieu An" ou quelque chose d'approchant.
    - J'aurais dit cela ? Mais je ne connais pas un mot de sumérien, voyons ! Vous avez dû mal interprêter et ...
    - Non, l'interrompt Emile, tu étais vraiment en transes et tu as prononcé ces mots, je peux te le certifier.
    - Vous êtes le Sa, Louis, l'Appelé, celui qui doit devenir l'Enkum.
    - L'En quoi ?
    - L'Enkum, le Gardien du Temple. "

    Un silence. Long. Emile commence à se demander si la même scène ne va pas se répéter, si Louis ne se prépare pas, déjà, à repartir vers ce monde éteint depuis des milliers d'années. Mais non, son ami n'a plus ce regard absent qui l'avait tant effrayé. Il paraît seulement concentré, comme plongé en lui-même. Soudain, Emile se surprend à sourire. Louis ne vient-il pas de se masser la nuque de la main gauche ? Geste familier, banal, d'un être humain en train de réfléchir.
    " Non.
    - Tu dis ?
    - Non. Non, rien à faire. Je ne sais rien des Sumériens... et je n'ai aucun souvenir des quelques minutes qui viennent de s'écouler.
    - Mais c'est... , commence Monsieur Gudealeze.
    - Attendez ! le coupe Louis. Ce corbeau ? Serait-il possible que... Non, c'est idiot.
    - Non, continuez ! réclame Monsieur Gudealeze.
    - Eh bien, il me semblait que ce corbeau était une partie importante, le point sur lequel nous devions nous concentrer. Je me rappelle avoir vu des images qui me reviennent par bribes. Ce corbeau était l'essence même de ma vision ! Il volait, volait et s'appprochait d'une lumière forte, puissante et attirante !
    - Et encore ? insiste Emile.
    - Pour le moment, c'est tout ce dont je me souviens, lui répond son ami.
    M. Gudealeze reste un moment silencieux, le front plissé dans une intense concentration. Enfin, il se tourne vers Louis.
    - Le seul corbeau que je connaisse dans notre civilisation est celui qui fut envoyé, après le déluge, pour rechercher des traces de vie.
    - Eh bien ! Qu'a-t-il fait ce corbeau ?
    - C'est là tout le mystère. Jamais personne ne le revit. Mais si vous dites qu'il se dirigeait vers une grande lumière, dans votre vision, cela peut signifier bien des choses.
    - Ah oui ?
    - Accepteriez-vous de faire une séance d'hypnose ?
    - Est-ce vraiment indispensable ? Regardez comme Louis a l'air épuisé, intervient Emile.
    - J'apprécie ta sollicitude, Emile, mais M. Gudealeze a peut-être raison, il faudrait que nous arrivions à un résultat.
    - D'autant que le temps presse, ajoute Raoul, l'Organisation amplifie sa puissance de jour en jour en nous anéantissant les uns après les autres.
    - Oui, j'ai bien réfléchi, je crois que je vais accepter. Même si cette proposition ne m'emballe guère...
    - Attends ! Nous avions prévu de nous rendre à l'église Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier, n'est-ce pas ? Si nous y allions d'abord, tu pourrais reconsidérer tout ça et prendre ta décision seulement à notre retour. Ce n'est quand même pas urgent à une heure près, bon sang !
    - Non, bien sûr, admet Monsieur Gudealeze, mais je vous rappelle que votre ami peut très bien être assassiné pendant le trajet...
    - Je ne crois pas, non, objecte Emile.
    - Content de te l'entendre dire, mon pote ! Et je pourrais savoir ce qui te rend aussi optimiste ?
    - Eh bien, si tu es vraiment l'élu, l'appelé, les membres de cette "Organisation", puissante comme elle l'est, le savent certainement. Et j'ai la très nette impression que, soit par crainte, soit par respect, ils ne te toucheront pas. Mais surtout... pardonnez-moi de remuer des souvenirs douloureux, Raoul, savez-vous ce que votre frère allait faire dans cette église précisément ?
    - Je vais certainement vous surprendre, dit Raoul, mais il devait y rencontrer des membres de l'Organisation pour ...
    - Quoi ? Un traitre ?... l'interrompt Emile, avec une moue de dédain.
    Raoul sursaute, darde son regard perçant sur Emile, lequel comprend qu'il a gaffé.
    - Vos propos sont très choquants Emile, notre communauté est très respectable et aucun de ses membres ne songerait à la trahir.
    - Excusez-moi, bredouille Emile, penaud. Je vous en prie, continuez.
    - En fait, l'Organisation est en crise. Une partie de ses adeptes et de ses dirigeants souhaite la paix et marque un profond respect pour notre civilisation et notre culture. D'ailleurs, nos deux cultures sont assez proches l'une de l'autre, dans leurs fondements mêmes. Les autres veulent nous exterminer afin de garder le contrôle et s'emparer du Gudea. Mon frère était l'émissaire choisi pour entamer les tractations avec les pacifistes.
    - Que s'est-il passé ? intervient Louis
    - Eh bien, justement Louis, c'est là que votre aide nous sera précieuse pour connaître la vérité, car vous en êtes le détenteur. Allons-nous commencer cette séance d'hypnose ?





" Il y a un monsieur avec une moustache qui frappe à la porte.
- Dis-lui de passer son chemin, j'en ai déjà une !"

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#2 25-03-2007 14:26:12

Basique
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"Hmmm ? ". Louis se retourne, se soulève sur un coude, écarquille les yeux. Comment est-ce possible ? Tous les jours, depuis plus de dix ans - douze exactement -, il se réveille à 4 h 33. Et là, ce matin, il est 5 h 34.


" Il y a un monsieur avec une moustache qui frappe à la porte.
- Dis-lui de passer son chemin, j'en ai déjà une !"

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#3 26-03-2007 07:19:08

zangelyne
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Serait-ce à cause de ce changement d’heure qui avait été décidé en temps de Guerre, afin de pouvoir réaliser d’importantes économies d’énergie et obtenir une heure d’ensoleillement supplémentaire en fin de journée ?
Louis remonte l’oreiller sous sa nuque, s’assied confortablement et se met à repenser à cette idée.

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#4 27-03-2007 09:25:01

Lounia
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"Se peut-il que je sois guéri de je ne sais quoi ? Quoi qu'il en soit, il faut absolument que je lui parle." Comme si deux personnes se débattaient à l'intérieur de lui, Louis s'entend répliquer "Mais non ! Ton idée est ridicule ! "


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#5 28-03-2007 00:05:54

laet
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"A quoi bon lui en parler ? Cela ne sert à rien que l'on soit deux à se lamenter ! " pense-t-il tout haut en se dirigeant vers la salle de bains. Accoudé au lavabo, se tenant la tête entre les mains, Louis se met à pleurer tel un bambin anéanti par la bêtise qu'il vient de commettre. Il se redresse, empoigne un objet et, d'un geste de colère, brise le miroir en hurlant : "Mais pourquoi ? "


C'est dans l'incompréhension que je suscite que je trouve ma raison d'être.
Je suis moi, et je le suis parce que les autres ne le sont pas, et que ce sont eux qui forment ma personne. 
Au delà de ma conscience et de mon inconscient, mes rêves créent la réalité.

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#6 29-03-2007 02:28:17

krisx
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"Pourquoi faut-il toujours que je complique tout ? "
Surpris lui-même par la violence de son geste, et surtout par cette réaction démesurée, Louis s'assied sur le rebord de la baignoire ; le contact de la paroi glacée contre sa peau l'apaise, et il ne tarde pas à retrouver ses esprits. Jamais il ne se serait imaginé qu'un simple changement d'heure puisse le perturber à ce point, d'autant moins que, les années passées, il n'avait rien ressenti de tel ; mais faut-il pour autant ennuyer son ami avec ça ?
Il s'accroupit pour ramasser les morceaux du miroir brisé. "Aïe ! " Une goutte de sang perle doucement sur son gros orteil où s'est fiché un minuscule éclat de verre. "Ça m'apprendra à me maîtriser" songe-t-il, honteux de son emportement.

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#7 30-03-2007 02:47:23

Kali
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Son ami lui paraissait étrange depuis quelque temps, comme tourmenté, incapable de faire quoi que ce soit sans parler de l'Autre.
Il y a dix jours de cela déjà, lors d'une discussion à la terrasse d'un café, le ton de la conversation, habituellement plutôt enjoué, s'était fait plus grave, presque solennel ; "Quelque chose va se produire ! Si ! Je le sens, et ce n'est pas bon du tout, il va se passer quelque chose de terrible ! Il me l'a dit ce matin ...". Louis lui avait lâché ça presque en hurlant, lui coupant la parole, avec un regard qui en disait long sur son taux d'alcoolémie, mais l'alcool était-il vraiment responsable de son emportement ? 
La rue Lavoisier pointe le bout de son sens interdit, l'appartement de Louis n'est plus très loin, quelques mètres encore et c'est l'interphone du 15. Il va enfin pouvoir lui parler de cette nouvelle étonnante entendue ce matin à la radio.


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#8 31-03-2007 00:08:45

akinae
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Après avoir soigné son orteil blessé, Louis jette un coup d'oeil sur le miroir brisé. La stupeur le cloue sur place. Un oeil clair surmonté d'un demi sourcil le regarde, tandis qu'une bouche, tronquée aux trois quarts, lui adresse un rictus goguenard. Voilà ce qui reste de lui, plus de visage, rien que cet oeil froid, glacé. L'image même de ce qu'il ressent au plus profond de lui, depuis quelques jours : celle d'un être incomplet, amputé d'une partie de son âme.
Un coup de sonnette alerte le fait sursauter. "Quoi ? Serait-ce déjà lui ?" murmure-t-il.


Il vaut mieux arriver 10 minutes en retard que 5 minutes en avance au cimetière.
Akinae

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#9 02-04-2007 00:56:07

Basique
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Louis se ressaisit, noue la ceinture de son peignoir, se débarrasse des fragments du miroir. La douleur, oubliée un instant, se réveille lorsque son pied relâche la pédale de la poubelle en plastique et c'est en boîtillant qu'il se dirige vers la porte d'entrée. Il tire le petit verrou, cette protection parfaitement illusoire qu'il n'oublie jamais pourtant de refermer derrière lui, et, d'une voix manquant quelque peu d'assurance, interroge "C'est toi ? "


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#10 02-04-2007 06:09:41

zangelyne
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Pas de réponse. Il répète la question, un peu plus fort : "Mais réponds-moi si tu es derrière cette porte ! " Toujours rien. Il approche donc son oreille de la porte en respirant le moins fort possible, afin de pouvoir entendre le moindre bruit de l’autre côté. Cela pendant cinq bonnes minutes.

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#11 04-04-2007 00:03:31

Lounia
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Au bout des cinq minutes, il décide d'ouvrir. Il se peut très bien qu’il ait imaginé ce coup à la porte. Malgré cette réflexion, il ouvre, doucement.
"Ah ! T’as eu peur, hein ? Je croyais que tu n’ouvrirais plus."


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#12 06-04-2007 02:34:56

Basique
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

- Je vois que tu n'as pas changé : toujours aussi puéril... Tu veux que je te dise ? Tu aurais mérité que je te laisse  moisir sur le palier, tiens !
    - Moisir, moisir ? Tu en as de bonnes, toi ! J'aurais peut-être réagi avant... De toute façon, réfléchis un peu : quelle que soit la personne à laquelle tu demandes "C'est toi ? ", elle est obligée de te répondre "Oui".
    - ... Ah ! Bravo ! Décidément, tu n'as pas changé depuis nos dix ans ! Allez, entre."


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#13 06-04-2007 09:56:55

Kali
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"... douze. Il te reste du café ?
- Dans la cuisine. Il doit être encore tiède.
- Ca me va ."
Jim s'approche lentement de Cynthia, qui vient tout juste de lui avouer son amour alors qu'hier elle rompait avec Brandon, le meilleur ami de Jim, qui, lui-même, sortait d'une relation difficile avec la mère de Carol et, les yeux fous de désir, l'enlace et lui sussure à l'oreille ...
"Tu t'es encore trompé de bouquin !!! "
(pardon)

"Dis ? Tu as entendu les infos ce matin ? Une révolution est en marche, je crois bien ... "
Mais Louis n'entend pas. Son attention est tournée vers le bas de la rue, où il se passe encore quelque chose.


... J'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours decomposés ...
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#14 07-04-2007 02:19:57

akinae
Membre
Date d'inscription: 24-02-2007
Messages: 633

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"Louis ? Tu m'écoutes ? "
Il s'approche à son tour de la fenêtre. Un attroupement se forme au bas de l'immeuble, sur le trottoir d'en face.
"Qu'est-ce qui se passe ? "
Louis ne répond pas. Il se contente de lui montrer la façade, de l'autre côté de la rue, sur laquelle des ouvriers sont en train de poser une immense enseigne lumineuse.


Il vaut mieux arriver 10 minutes en retard que 5 minutes en avance au cimetière.
Akinae

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#15 08-04-2007 23:36:25

krisx
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Date d'inscription: 26-12-2006
Messages: 217

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Du café gicle un peu partout sur le carrelage de la cuisine, éclaboussant au passage les chaussures des deux hommes. Encore une fois, le sol se trouve parsemé d'éclats de verre... Un peu plus loin, le couvercle en plastique de la cafetière, échappée des mains d'Emile, finit de danser sur lui-même.
Stupéfaits par le spectacle qui s'offre à eux, là en face, ni l'un ni l'autre ne réagit à ce fracas.
"Bon sang Louis ! Mais qu'est-ce qu'ils font ??? "

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#16 09-04-2007 08:15:39

zangelyne
Membre
Date d'inscription: 05-02-2007
Messages: 530

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Au même moment, le clapet de la boîte aux lettres se referme.
Louis se retourne vers la porte, baisse les yeux et ramasse le journal quotidien.
"Nous en saurons peut être un peu plus ? " dit-il.
Il le pose sur la table et retourne dans la cuisine nettoyer le carrelage.
Pendant ce temps, Emile s'installe à table. Curieux, il ouvre le journal.

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#17 10-04-2007 17:09:35

Lounia
Membre
Lieu: Heureuxville
Date d'inscription: 29-12-2006
Messages: 162

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

A la une du journal Le Coureur, apparaissent en grandes lettres autour de la page les titres du jour et au centre, la photo d’une église. La mention Apocalypse figure au-dessus de la photo. En lisant ce dernier mot, Emile sent une boule lui monter dans la gorge et une chaleur soudaine lui brûler les yeux.
"Alors y a-t-il quelque chose ? lui demande Louis du seuil de la cuisine.
- Prends le journal, répond-il en joignant le geste à la parole.
Louis lit à voix haute :
- Apocalypse.
- Et alors ? Pourquoi cela te met-il dans tous tes états ? "


........)))°°°Lounia°°°(((.........

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#18 12-04-2007 15:28:22

Basique
Mini-satrape et encore modo
Lieu: Dans les... euh.. mes pommes !
Âge: 7
Date d'inscription: 16-11-2006
Messages: 7096

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

- Tu sais quand même que le mot "apocalypse", pour les chrétiens, désigne le dernier livre du Nouveau Testament ?
- Oui, et pour tous, il évoque la fin du monde mais ...
- Cette église, là, en-dessous du titre, tu ne la reconnais pas ?
- Ah non, je suis pas vraiment spécialiste... Toi si ?
- Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier, ça te dit quelque chose ?
- Oui, un peu... Ce n'est pas le point de ralliement de tous les extrémistes ?... Et ce serait...
- Exactement ! C'est bien elle, en photo, là !
- C'est plutôt mauvais signe alors...


" Il y a un monsieur avec une moustache qui frappe à la porte.
- Dis-lui de passer son chemin, j'en ai déjà une !"

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#19 14-04-2007 02:05:08

Kali
Membre
Lieu: Dans des idées folles ...
Date d'inscription: 13-01-2007
Messages: 728
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Le café et son contenant ayant rejoint le sol de la cuisine, les deux hommes décident de sortir poursuivre leur petit déjeuner en ville. La rue Lavoisier fait place au boulevard Gambetta et, au détour d'une venelle, Louis et Emile arrivent dans une rue piétonne, devant un petit bar dont la façade demanderait un ravalement. Louis s'approche de la porte du bar et, tenant la poignée :
"Entrons ici, il n'y a pas trop de monde ...
- Ici ? Mais en es-tu bien sûr ? C'est un bar de riders ...
- Nous y serons plus tranquilles qu'au café de l'Etoile : à cette heure-là, il est déja bondé ...
- Mais ? Enfin ... bon ... non, rien ..."
Ils entrent. Sourire du patron, les deux mains posées à plat sur le comptoir en simili bois exotique :
"Bienvenue au "Gay tapant" mes amis, je vous sers quelque chose ? "


... J'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours decomposés ...
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#20 14-04-2007 23:06:53

akinae
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Date d'inscription: 24-02-2007
Messages: 633

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Les deux amis s'installent au comptoir, sur des tabourets. Le patron dépose devant eux deux cafés bien tassés et un sucrier.
Louis ne parvient pas à se décontracter. Son reflet dans le miroir brisé, la lecture du journal, cette annonce de l'Apocalypse, tout cela le trouble trop. Il aimerait expliquer ce qu'il ressent à son ami... Les mots s'embrouillent dans son esprit, se diluent dans une sorte de brume opaque. Il reste silencieux, touillant son café dans lequel il a oublié d'ajouter le sucre.


Il vaut mieux arriver 10 minutes en retard que 5 minutes en avance au cimetière.
Akinae

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#21 15-04-2007 22:25:02

krisx
Membre
Date d'inscription: 26-12-2006
Messages: 217

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

"Dis, tu m'écoutes ? "
Louis revient soudainement à la réalité, celle où Emile se tortille nerveusement sur son tabouret en lui faisant part de ses interrogations depuis... 5, 10 minutes ? Il serait bien incapable de dire combien de temps il s'est perdu dans ses pensées, le regard dans le vide.
"Excuse-moi s'il te plaît. Cette journée ne me dit rien qui vaille, tout ça est vraiment bizarre..."
Il porte prudemment la tasse à ses lèvres, comme s'il s'attendait à trouver le café encore brûlant ; réalisant qu'il n'est même pas sucré, il le repose avant de reprendre en secouant la tête :
"J'ai le sentiment qu'il va se produire quelque chose."

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#22 16-04-2007 21:03:02

zangelyne
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Date d'inscription: 05-02-2007
Messages: 530

Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Il demande au patron du bar de lui servir un autre café et le questionne :
"Et vous, que pensez-vous de la une des journaux ? Vous avez peut-être la réponse avec le monde que vous rencontrez à longueur de journée ? "
Le barman le regarde, lui sourit en coin et lui répond :
"Vous savez, Monsieur, le quotidien, on me le dépose pour mes clients ; moi, je l’ouvre, j’en prends mais j’en laisse beaucoup. Ce qui doit arriver arrivera bien un jour, et personne ne nous mettra au courant. Alors pourquoi tant de culpabilisation pour une page mise à l’avant ? "

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#23 18-04-2007 01:31:02

Lounia
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Lieu: Heureuxville
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

- Juste comme ça, c'est que...
- Puis-je avoir un bonbon ? le coupe Émile qui ne veut pas qu'on parle d'événements métaphysiques avec des personnes étrangères.
Lorsque le barman s'éloigne, Émile reprend, à voix basse :
- Tu n'es vraiment pas dans ton assiette. Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est cette image, en face de chez moi, et ce journal, et cette nuit...
- Qu'est-ce qui s'est passé ?


........)))°°°Lounia°°°(((.........

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#24 18-04-2007 17:37:17

Basique
Mini-satrape et encore modo
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

- Tu veux vraiment savoir, hein ?
- A ton avis ? "

Un ange passe... Lorsqu'il n'est plus qu'une ombre, peut-être seulement l'ombre de son sourire, Louis reprend :
"Ok. Tu te souviens de l'époque où j'habitais rue René-Guy Cadou ?
- Attends... Ah oui, c'est l'appart' d'où ta copine de l'époque t'avait fait virer ?
- Oui.
- Tu parles si je m'en souviens ! C'est après cet épisode qu'on s'est perdu de vue... pendant au moins 5 ans !
- Précisément, oui. Et tout a commencé à ce moment...
- Ah bon ? Raconte !


" Il y a un monsieur avec une moustache qui frappe à la porte.
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#25 19-04-2007 13:51:43

tyuiop
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Date d'inscription: 19-03-2007
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Re: NNO : CO-AUTEUR DU JOUR EXCLUSIVEMENT. Merci.

Louis approche sa chaise et jette un regard affolé par dessus son épaule. Un tic nerveux lui déforme le visage. Un filet de voix filtre à peine lorsqu'il se décide enfin à parler :
"L'appartement du 107 rue René-Guy Cadou était un triplex, tu t'en souviens... Eh bien, les soirs d'été, il m'arrivait d'emprunter l'échelle de service et de monter sur le toit afin de profiter du spectacle de la ville assoupie...
- Et alors ? le coupe Emile, impatient.
- Eh bien, de là-haut, on aperçoit l'église Sainte-Cynthia de la Foi du Charbonnier, celle-là même qui est à la une du Coureur et déjà...
- Et déjà quoi ? l'encourage Emile.


Arf et triple arf!

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